De l’importance de la légalisation du décrottage de nez en saison sèche
Me voilà en train d’écrire ces quelques lignes sous un arbre sanankorobien. (Je ne crois pas que cet adjectif existe vraiment, mais je l’utilise quand même parce que ça situe l’action et ça fait propre)
Bien que je sois pris d’une quinte de toux, ma voix est de retour au bercail, ce qui me permet, à nouveau, de saluer systématiquement tous les êtres vivants que je croise.
Donc, me voici sur une chaise avec, derrière moi, un arbre et trois jeunes Maliens scrutant chacun des mots que je couche sur le papier.
(NDLR : L’action de scruter est réservée ici aux jeunes Maliens, elle n’implique en aucune façon l’arbre susmentionné.)
L’un d’eux s’appelle Alassane et se met à dessiner des trucs sur le sol. Il dessine quelques animaux ou sokonobagan, comme on le dit en bambara, puis il me dessine et termine par un dessin de ma Douce Moitié, maintenant connue sous le nom de Ramatoulaï Sacko, dite Matou, puisqu’elle vient tout juste de recevoir son « baptême » malien.
Je remercie le garçon pour ses dessins et lui explique que je dois retourner à mon écriture, mais qu’il pourra revenir plus tard pour faire d’autres dessins.
Ce qui m’amène enfin à vous expliquer le titre de ce billet : « De l’importance de la légalisation du décrottage de nez en saison sèche ».
Au Mali, la saison sèche débute approximativement vers la mi-octobre et se termine en juin. Je dis approximativement parce que, depuis quelques années, le climat est « un brin » déréglé, mais aussi parce que d’un Malien à un autre, les dates peuvent changer !
Mais ceci importe peu et ce qui compte vraiment, c’est de savoir que pendant cette période, les muqueuses nasales s’assèchent à la vitesse de la lumière et que, comme le pays est poussiéreux et plutôt pollué, les narines sont rapidement obstruées.
Il est alors nécessaire d’en faire le ménage régulièrement pour ne pas être obligé de respirer uniquement par la bouche ou encore de mourir asphyxié.
Les gens d’ici n’ont donc aucune pudeur à se récurer le nez en public. Il faut comprendre que le nez se remplit tellement vite que s’il fallait qu’il se mette à l’écart chaque fois qu’il doit le nettoyer, le bon peuple malien passerait la moitié de ses journées isolé !
Bien sûr, tout ceci n’est que supposition puisque ma pudeur québécoise m’empêche non seulement de me décrotter le nez en public, même en saison « chèsse », mais aussi d’aborder le sujet avec les gens d’ici.
Toutefois, pour appuyer ma thèse, voici une photo sur laquelle je vous laisse méditer.
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